L’impact de la COVID-19 sur les logements au Québec

Dans cette crise inédite que nous traversons présentement, on n’en finit plus de mesurer les conséquences multiples qu’amènent la pandémie de COVID-19… Incluant celles pour les locataires et pour tout le marché locatif au Québec. J’ai essayé de tracer un portrait rapide de la situation actuelle. 

Le paiement des loyers

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Le premier ministre François Legault l’a dit : dans la mesure du possible, il espère que les propriétaires seront compréhensifs sur les retards de paiement de loyer pour le mois d’avril, alors que de nombreuses personnes ont perdu leur emploi et devront attendre de recevoir le premier chèque d’aide d’urgence qui arrivera « en retard ».

Commentaire d’un propriétaire « type » vu sur les réseaux sociaux aujourd’hui : « Si un de mes locataires décide de lui-même de ne pas me payer sans me donner de nouvelles, il peut être certain que je vais aller à la Régie [du Logement]. Mais si quelqu’un vient me voir pour me demander un arrangement, je vais tout faire pour l’aider ».

Si vous n’êtes pas en mesure de payer votre prochain mois de loyer, c’est donc la clé : informez votre propriétaire le plus rapidement possible. Lui (ou elle! Voir plus bas dans l’article) aussi aura des répercussions et devra possiblement prendre des arrangements. N’oubliez pas que la possibilité demeure de payer partiellement au début du mois et de verser le reste plus tard, plutôt que de ne rien verser. 

Être en défaut de paiement du loyer devrait tout de même demeurer un dernier recours (et pour certains, bien évidemment, la situation actuelle n’a jamais autant constitué un tel « dernier recours »); si vous avez des économies sous la forme d’un fond d’urgence ou d’un autre budget que vous pouvez rediriger, ce dernier devrait être priorisé avant de retarder le loyer.

Traduction libre d’une citation intéressante : « Les paiement de loyer ne vont pas uniquement dans les larges poches des propriétaires riches… Ils contribuent également à des services gouvernementaux officiels ainsi qu'aux salaires de d’autres personnes. Si de nombreux ménages se trouvent simultanément dans l’impossibilité de payer leur loyer, l’impact financier se fera sentir dans tous les secteurs de l’économie locale. »

Les expulsions

Si certains locataires s’inquiètent parce qu’ils se retrouvent en défaut de paiement… La Régie du logement a suspendu la semaine dernière toutes les audiences à ce sujet. À toute fin pratique, ceci signifie qu’aucun propriétaire n’a présentement le droit d’expulser un locataire.

La recherche d’appartements

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On peut dire que la pandémie de COVID-19 tombe à un bien mauvais moment… Soit exactement dans la période active de recherche de logement. Et on ajoute à ça un contexte de pénurie dans certains endroits, comme à Montréal, où de nombreuses familles n’ont jamais eu autant de mal à se loger.

Dans un de ses récents points de presse, lorsqu’il a été interrogé sur le sujet, le premier ministre Legault a signifié qu’il souhaitait le plus possible repousser la recherche de logements après les semaines de confinement. « Il restera ensuite de la mi-avril à la fin-juin pour s’en occuper », a-t-il affirmé (je paraphrase selon mon souvenir). 

Ce qui risque donc d’arriver, c’est que cette période de recherche active sera retardée et condensée, causant probablement pas mal de stress aux locataires qui ne savent toujours pas où ils vont rester en juillet, mais aussi aux propriétaires pour qui la situation ne sera pas « réglée ».

« Il y a beaucoup d’inquiétudes présentement », a expliqué Martin Blanchard du Comité logement de la Petite-Patrie. « Je ne vois pas comment le 1er juillet pourrait arriver sans que des milliers de personnes se retrouvent sans endroit où habiter[1] ».

Si vous êtes dans cette situation comme locataire, vous pouvez continuer (et vous le faites probablement déjà) d’effectuer une recherche « passive » (pancartes vues durant les marches dans le quartier, petites annonces, etc.) et effectuer des appels pour être tenus au courant de la situation. 

Les visites d’appartement

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D’ici la fin du confinement, les visites d’appartement seront probablement tenues à leur strict minimum. Le gouvernement provincial a « fortement suggéré » de faire une pause sur ce aspect comme tout le reste, mais ne l’a toutefois pas ordonné.

Et on s’entend que louer un appartement sans le visiter, ça se fait mais c’est loin d’être idéal!

Pour les personnes qui choisissent de prévoir ces visites quand même, les précautions courantes demeurent : distance minimale observée, désinfection des poignées de portes, rampes d’escalier, comptoirs et toute autre surface susceptibles d’être touchées par les visiteurs, et ce avant comme après la visite.

Les déménagements

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Heureusement, les déménageurs ont été reconnu comme un service essentiel par le gouvernement provincial et ce type d’entreprise n’a donc pas eu besoin de fermer ses portes. Si vous avez un déménagement planifié dans les prochaines semaines, confirmez mais normalement tout devrait avoir lieu comme prévu.

La pandémie cause même son lot de déménagements : on peut penser par exemple aux étudiants dont la session est terminée et qui doivent quitter plus rapidement que prévu leur résidence ou autre. J’ai aussi entendu parler dans les derniers jours de plusieurs cas de personnes qui ont décidé d’accélérer leur déménagement prévu ailleurs au Canada par crainte qu’il ne soit bientôt plus possible de passer d’une province à l’autre.

Pour tout lire sur la covid-19, cliquez ici.

Au Québec par contre, près d’un déménagement sur cinq qui a lieu le 1er juillet (ou autour), créant bien sûr là un problème potentiel à venir… Durant cette journée, la difficulté de maintenir la « distanciation sociale » dans de nombreux endroits sera évidemment grande. Ceci est advenant le fait qu’on doive toujours le faire d’ici là, c’est-à-dire dans environ 3 mois. C’est encore un peu tôt pour y penser; à garder en tête mais des directives spécifiques du gouvernement viendront/viendraient sûrement en temps et lieux.

Quelques conseils pour un déménagement le plus « sécuritaire » possible :

  • Toujours placer la santé des personnes en premier lieu. Si une personne âgée ou immunosuprimée de votre entourage doit déménager bientôt, ce serait une bonne idée de faire tout ce qui est possible pour retarder l’événement.
  • Si vous tombez malade et/ou que vous êtes en isolation juste avant la date prévue du déménagement, appelez les déménageurs le plus rapidement possible. Dans les circonstances, la plupart seront prêts à vous accommoder pour changer les dates. De grâce, ne cachez pas ce fait! #civismedebase
  • Même si c’est pratiquement impossible à éviter durant un déménagement, essayer le plus possible de respecter la distance minimale entre les personnes (2 mètres)
  • Éviter les boîtes recyclées
  • Désinfecter les meubles et les boîtes juste avant et après le déménagement
  • Inciter tout le monde à se laver les mains souvent (en pensant donc à conserver du savon, du papier essuie-tout, etc. à disposition.

L’impact sur les petits propriétaires de logements

Je n’ai pas pu trouver de chiffres exacts, mais on peut supposer qu’au Québec, une bonne majorité de gens à qui appartiennent les logements sont de « petits propriétaires », plutôt que de véritables entreprises ou encore des corporations qui le font pour le profit.

Je n’ai pas eu besoin de chercher très loin pour trouver une propriétaire dans ce cas : ma mère possède à Québec une maison de 3 étages convertie en quelques unités locatives, dont un appartement qu’elle habite elle-même. Ses locataires ont toujours constitué une partie significative de son revenu. La semaine dernière à cause de la crise, elle a perdu son emploi à temps partiel dans une résidence pour aînés; elle devra donc elle-même bénéficier de l’aide d’urgence du gouvernement fédéral pour survivre dans les prochains mois. 

Pour l’instant, aucun de ses locataires ne l’a approché pour prendre un arrangement de paiement, mais elle le craint beaucoup. Si cela se produit, elle tombera immédiatement dans une situation précaire, non seulement à cause de son hypothèque mais également parce qu’elle doit continuer à payer le chauffage et l’eau chaude qu’elle leur fournit. Comme une de ses locataires quitte pour une autre région dans quelques mois, elle appréhende aussi que cette dernière s’en aille plus tôt sans payer et sans préavis. Elle sait qu’elle pourrait probablement s’arranger avec sa banque pour retarder son hypothèque, mais elle ignore à quel coût (pénalité, conditions, etc.) et avoue avoir du mal à dormir à cause de « cette tuile de plus qui menace de tomber sur les finances qui dégringolent ».

Ce n’est donc pas que les locataires qui sont impactés; c’est important d’y penser aussi.

En espérant que la situation se passe pour le mieux de votre côté… Dans la mesure du possible, soyons flexibles et soyons solidaires.